samedi, juillet 01, 2006

A la recherche d’un appartement à louer…

Je serais bien restée dans mon petit chez-moi, mais mon propriétaire a décidé de vendre son bien et de me mettre à la rue… Tel un moineau mal réveillé et jeté un beau matin du haut de son nid, 5ème étage sans ascenseur, j’ai ouvert les yeux un jeudi matin et suis allée chercher le Particulier au kiosque de ma station de métro.
Et, comme je suis une fille moderne, je me suis aussi créé des alertes e-mail sur les sites Internet spécialisés. Critères : 2-pièces ; tous les arrondissements de Paris ; entre 700 et 1000€ par mois.
Je l’aimais bien, mon petit studio d’étudiante, payé à force de cours particuliers et de week-ends à vendre des parfums. Je n’ai pas bougé après la fin de mes études, car l’explosion immobilière commençait à passer par ma capitale préférée. Elle y est restée, d’ailleurs.
Si je fais le compte, cela fait huit ans que je monte avec plaisir (sauf le soir des courses) mes cinq étages qui mènent à mon ancienne chambre de bonne. J’ai encore l’impression de jouer un peu à la dînette, dans mon 25 mètres carrés mauve bonbon… Mais c’est assez, il faut tourner la page. Mon propriétaire me force à devenir adulte : je vais chercher un vrai 2-pièces, où mes amis n’auront pas à s’asseoir sur mon lit clic-clac quand ils viendront prendre un verre chez moi. Le marché parisien de la location va-t-il m’aider à tourner la page de mon ancienne vie ?

Tout d’abord, il me faut accepter d’intégrer la notion que je ne suis pas ‘cliente potentielle’, mais ‘candidate’. L’agence immobilière n’est pas une activité de service dont je suis cliente. Il va falloir apprendre à faire profil bas tout en préparant un dossier bien épais et en le tendant aux agents d’un air obséquieux. Je dois m’attendre à faire du charme, à simuler la connivence, et à laisser de gentils messages avec mon numéro de téléphone pour que l’on me rappelle.

Ensuite, je dois me familiariser avec le vocabulaire des agences immobilières, afin d’apprendre à décrypter les annonces : s’il est écrit « charmant », comprendre « petit ». Si l’annonce indique « calme », comprendre « fenêtre sur cour de trois mètres carrés ; claustrophobes s’abstenir ». Si l’annonce ne mentionne pas « ascenseur » ou « cave », cela signifie qu’il n’y en a pas, inutile de demander pour en avoir le cœur net. Enfin, on peut toujours demander, mais la réponse sera souvent : « Un ascenseur ? Pour quoi faire ? Vous êtes jeune, mademoiselle, vous n’aurez aucun mal à monter les étages à pieds ! Une cave ? Quel intérêt ? Savez-vous mademoiselle que la cave est l’antichambre de la poubelle ? Cela me semble bien inutile… »

Se méfier également de la mention « entièrement refait à neuf ». Dans 80% des cas, cela signifie « un coup de peinture blanche a été passé dans les ‘pièces de vie. » (c’est-à-dire salon et chambre). Cela ne concerne donc pas la tuyauterie défectueuse de la salle de bains, ni l’émail centenaire de l’évier de la cuisine. D’ailleurs, c’est bien connu, la salle de bains et la cuisine ne sont pas des « pièces de vie ».


Munie de ces filtres de lecture, je peux commencer ma recherche, et prendre mes premiers rendez-vous.
Cependant, la rencontre de l’agent immobilier ou du propriétaire me réserve encore des surprises : ma première visite est pour un 2-pièces détenu par une dame âgée, à qui je n’ai pas encore dit que j’étais intéressée, mais qui s’empresse de me prévenir : « au fait, mademoiselle, sachez que je n’accepte pas les couples non mariés, et si vous êtes mariée, il me faudra dans votre dossier une copie de votre contrat de mariage ». Et, comme pour se justifier de cette énormité, elle poursuit : « non, parce que vous comprenez, moi je me suis fait avoir une fois, alors maintenant je demande le maximum de garanties ! C’est comme ça ! ». Bien que célibataire de toute façon, je passe mon chemin. Qui sait ce que cette dame aurait pu me demander d’autre : extinction des feux à 22 heures ? Interdiction de cuire de l’oignon à cause de l’odeur ? (la dame habite l’appartement du dessous). Et puis, la moquette, âgée à vue de nez d’une dizaine d’années, est de couleur vert caca d’oie, et parsemée de tâches indélébiles et de trous de cigarettes. Pourtant, la propriétaire est toute fière du résultat de la machine à shampouiner… Elle trouve la moquette ‘presque impeccable’ et très seyante avec les murs jaunes repeints il y a cinq ans.

Pour ma seconde visite, j’ai rendez-vous au bas de l’immeuble avec un agent immobilier. Il me reconnaît dès que je m’approche (le flair ?), et nous entrons dans l’immeuble : l’homme marche très vite, j’ai du mal à le suivre avec mes petites jambes et mes talons hauts. Nous visitons l’appartement en trois minutes chrono, et l’homme me fait l’article : « vous voyez mademoiselle, il est parfait cet appartement, vous avez bien de la chance qu’il soit encore libre. Il est fait pour les jeunes comme vous qui commencent dans la vie. Mais il faut me donner votre dossier tout de suite. » Ai-je l’air si jeune et naïve qu’il devine d’un coup d’œil que je ‘démarre dans la vie’ ? En tout cas, cela me vexe. Je me sens comme un enfant à qui l’on dit de ne pas jouer dans la cour des grands et de retourner au jardin d’enfant. Mais il faut faire avec… L’agent poursuit : « voilà, la salle de douches avec WC, elle est petite et parfaite, le coin cuisine, à équiper entièrement, ce qui vous permet de l’organiser exactement comme vous le souhaitez, et la pièce de vie, spacieuse et lumineuse ; elle fait au moins quinze mètres carrés ». Je laisse l’agent reprendre son souffle, lance un regard circulaire sur la « pièce de vie » qui, à vue de nez, ne fait pas plus de douze mètres carrés. Je tends l’oreille : un camion qui passe fait vrombir les fenêtres donnant sur le boulevard. Je demande, l’air ingénu :
« - Les propriétaires ont l’intention de mettre des doubles vitrages, n’est-ce-pas ?
- Non, ce n’est pas nécessaire, l’appartement est bien isolé. Mais si vous tenez absolument à en mettre, on vous fera une fleur et on vous donnera le droit de poser vous-même des doubles vitrages. A vos frais, bien entendu.
- Eh bien, en fait, pour moi, le bruit, c’est plutôt rédhibitoire…
- Je vois. Alors nous n’avons plus rien à faire ici. Allons-y. »
L’homme se ferme comme une huître : il éteint prestement le compteur électrique et me pousse dehors. Il déteste que je lui fasse perdre son temps. S’ensuit un silence gêné dans le mini-ascenseur, collés l’un à l’autre.

Pour un autre 2-pièces que je visite et dont l’annonce m’allèche particulièrement, je demande à ma mère de m’accompagner, afin d’apporter la caution d’un ‘vrai adulte’, et qu’on arrête de me traiter ouvertement de jeunette !
L’appartement me plaît, il est clair, calme, petit et propre. C’est le bon. Je tends à l’agent mon dossier, qu’il feuillette rapidement avec un doigté d’expert blasé, et me lance d’un ton péremptoire: « vos revenus n’atteignent pas trois fois le loyer. Il va nous falloir une caution parentale. » Il referme mon dossier dans un claquement de feuilles. J’ai un pincement d’énervement devant le pouvoir de cet inconnu : il vient d’apprendre en un clin d’œil des informations sur moi que même mes parents ignorent, sans avoir à rien dévoiler lui-même. Il sait de quel côté penche la balance, il sait que je ne peux l’envoyer paître… Je regarde ma mère, qui vole à mon secours : « bien sûr, Monsieur, je vous faxe le document à votre bureau dans la journée. » « D’accord, concède l’agent, mais faites-le avant quatorze heures, parce que j’ai fait une autre visite de cet appartement ce matin avant vous, et la personne le veut absolument… » Perplexe, je regarde ma montre : il est 08h15. Se peut-il que la première visite ait été à 07h30 du matin ? Ne posons pas trop de questions…
De retour chez mes parents, je rédige avec ma mère une lettre d’en-tête obséquieuse à souhait : « veuillez trouver ci-après le complément de mon dossier que je vous ai soumis ce matin… n’hésitez pas à me contacter si vous avez besoin de précisions… dans l’attente de votre réponse… »
Le lendemain, l’agent immobilier m’appelle pour prendre rendez-vous pour la signature du bail. J’ai réussi ! Maintenant, il va falloir déménager…

3 commentaires:

annie a dit…

Wouah je trouve ça hallucinant cette façon de procéder ! Presque trente ans et on considère que tu "démarres" dans la vie ? Paris appartient donc aux 40 ans et plus ? Et depuis quand les proprios sont-ils des gardiens de la moralité ?

Blanche a dit…

Hallucinant, tu l'as dit... Il est vrai que je fais moins que mon âge, mais tout de même!
Par ailleurs, le marché de l'immobilier est tellement tendu à Paris que les propriétaires peuvent demander des garanties hallucinantes à leurs locataires, et ces derniers sont bien obligés de s'y plier... C'est le prix à payer pour vivre dans notre belle capitale!:)

Deborah a dit…

C'est vrai, tellement vrai ! En tout cas chapeau, tu écris vraiment bien (et sans faute !) et c'est un réel plaisir de te lire... A suivre !