mercredi, novembre 08, 2006

Roman, épisode 6. Kolomenskoïé

La veille de Noël, nous sommes allés tous les deux à Kolomenskoïé. J’ai toujours aimé ce petit parc perdu dans les méandres de la Moskova, pause hors du temps avec sa chapelle aux bulbes bleus et or, et ses cabanes en rondins de bois.
Retrouver le calme de Kolomenskoïé est toujours émouvant. On fuit pour un moment la trépidation de la ville, ses bruits, ses voitures, ses gens pressés… Et on se retrouve ici, à Kolomenskoïé, saisi par le silence et la tranquillité. Lorsque l’on franchit le grand portail, on est ailleurs.

Il faisait très froid ce jour-là, loin du centre-ville, au bord du fleuve gelé. Le ciel était blanc, comme la terre. Les arbres étaient nus, l’endroit désert, à part quelques babouchkas assises sur un banc. Je portais mon manteau de fourrure. Il faisait tellement froid que j’en avais relevé le col. Tu avais oublié tes gants et je t’ai prêté les miens ; ils étaient en angora blanc, et beaucoup trop courts pour toi. Tu aurais préféré ne pas porter de gants si ostensiblement féminins, mais il faisait trop froid, et tu ravalais ton orgueil d’homme fier... Moi, ce jour-là, j’adorais ce froid qui donne bonne mine.
Remonter la pente depuis la Moskova jusqu’à la chapelle était difficile ; les pieds s’enfonçaient dans la neige. Perdant l’équilibre, je me suis accrochée à une branche qui sortait de la neige. La branche a lâché. Je suis tombée. La neige a amorti ma chute. Je me suis retrouvée assise, de la neige jusqu’aux genoux. C’était moelleux, jusqu’à ce que l’humidité froide de la neige transperce mes vêtements. Je me suis vite relevée. Tu te tordais de rire, tu m’attendais en haut de la pente. Tu avais ta revanche sur mes gants.

Nous sommes entrés dans la petite église : il faisait bon tout d’un coup. D’innombrables cierges éclairaient les icônes dorées et réchauffaient l’air. L’église était en cours de rénovation : des jeunes femmes portant des châles noirs sur la tête refaisaient pieusement la peinture des murs, et remettaient du carrelage au sol. Toi et moi retenions notre souffle.
Nous sommes ressortis dans le parc à l’atmosphère sourde et piquante à cause du froid. Nous avons un peu marché au hasard des allées, puis sommes rentrés à l’intérieur d’une cabane en bois pour nous abriter du vent. Là, tu m’as embrassée. Autour de nous, tout était gelé, mais tes lèvres étaient chaudes.

5 commentaires:

Christophe Berget a dit…

Euh.....Pas compris pour ton adresse, lol, communiques moi là par mail, lol, licorne.christophe@gmail.com

parisian_qc a dit…

Le froid favorise la chaleur humaine... le début d'un belle histoire ? Je suis sûre que ça va se compliquer sinon ce serait trop facile...

CHRIS a dit…

C'est vrai que le froid favorise les rapprochements... je me souviens d'une histoire d'amour d'ado qui avait commencé en me réfugiant d'une tempête de neige dans un cabane de pêche et comme je n'avais pas mes mitaines, j'ai eu l'idée de demander au garçon si je pouvais mettre mes mains dans ses poches pour les réchauffer... la suite est évidente.

REGOR a dit…

J'aime beaucoup,: "Là tu m'a embrassé" comme une finale. Le romantisme dans tes textes transparait... c'est bon !!!

Blanche a dit…

@parisian: tu ne crois pas si bien dire...

@Chris: petite maline! Tu racontes l'histoire sur ton blog?:)

@Regor: merci! un peu de romantisme dans ce monde de brutes, ça fait du bien de temps en temps. Il ne faut juste pas que cela tombe dans la mièvrerie...:)